Table ronde du secteur automobile
La Belgique est le pays des constructeurs automobiles. Chacun le sait. Personne n'assemble autant de véhicules par tête d'habitant que nous. Nous nous devons donc choyer de ce secteur. Non que nous soyons désireux de continuer à clamer «Nous sommes les plus grands» mais bien par nécessité économique et sociale. L'assemblage automobile fournit, directement ou indirectement, du travail à cent soixante mille personnes. Le secteur forme ainsi l'un des derniers bastions de la production en série et à forte intensité de travail dans notre pays. L'industrie automobile est la preuve que même ici (dans un pays connaissant des normes sociales élevées), il est possible de fabriquer un produit de masse capable de soutenir la concurrence de l'Extrême Orient.
Suite aux problèmes qui ont surgi l'an dernier chez GM et afin d'éviter des drames comme celui de Renault Vilvorde, le gouvernement flamand (sous l'impulsion du ministre SP.A. Landuyt), a récemment pris l'initiative de réunir une conférence sur le secteur de l'automobile. L'objectif était de définir une politique permettant d'ancrer plus solidement le secteur automobile chez nous, au lieu de réagir au coup par coup lorsque des problèmes se posent. Nous avons d'emblée salué cette initiative.
Lors de la dernière rencontre, le gouvernement flamand a promis 62 millions d'euros aux constructeurs automobiles établis en Flandre: Ford, Opel et Volvo. Ford se taille la part du lion avec 50 millions d'euros dans le cadre de son plan d'investissement visant à rénover l'usine de fond en comble. Opel et Volvo ont respectivement reçu 6,5 et 5,5 millions d'euros à titre d'aides à la formation. Certes, l'octroi de ces aides nous réjouit mais il ne peut s'agir d'un chèque en blanc. Cette aide à l'expansion doit constituer un engagement pour le maintien de l'emploi, à tout le moins à moyen terme. Naturellement, le gouvernement flamand ne peut verser de l'argent qu'aux constructeurs établis en Flandre. Nous tenons toutefois à mentionner que la Flandre compte aussi des constructeurs d'autobus sur son sol et que notre pays possède une quatrième grande usine d'assemblage, à savoir Volkswagen. C'est pourquoi nous estimons que cette table ronde devrait connaître une suite, en concertation avec les autres régions et le pouvoir fédéral. Certaines matières importantes sont en effet fédérales. Nous songeons notamment au coût salarial et aux charges sociales, aux chômeurs âgés et aux plans de mobilité.
Il serait particulièrement navrant que la table ronde du secteur automobile reste confinée à l'octroi de subsides à l'expansion. Ce type de décision ne nécessite pas de tables rondes ni d'études mais plutôt un renforcement des mesures d'accompagnement. Par conséquent, il nous paraît important que dans la concertation - à tout le moins avec le gouvernement flamand - on s'intéresse à nouveau à une clause par laquelle l'industrie automobile se porterait garante de la formation et de l'emploi tandis que les autorités flamandes offriraient des personnes et des moyens en échange. Une telle clause doit être négociée entre les partenaires sociaux du secteur et le gouvernement flamand. Le dit gouvernement doit d'ailleurs comprendre que notre secteur a atteint sa dimension grâce aux efforts communs des travailleurs, des syndicats et des employeurs. Il ferait bien dès lors de ne pas discuter (trop) exclusivement des aides à l'expansion avec les seuls employeurs (ou leurs fédérations). Il ne faut pas seulement frapper à la porte de syndicats quand les choses vont mal ou quand on a besoin d'eux. La Belgique est un pays de constructeurs automobiles et elle doit le rester. Ne serait-ce que dans cette optique, nous sommes prêts à assumer nos responsabilités. L'on doit pour cela nous traiter avec le respect qui nous est dû.
Par Herwig JORISSEN,
Président de la Centrale de l'Industrie du Métal de Belgique (CMB).
Pour le magazine bimensuel de la FGTB
n°10 – 24 mai 2002
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