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01/07/2002

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Le harcèlement au travail

  Le harcèlement au travail
Ce n'est pas parce qu'une personne est mal habillée, qu'elle arbore un nez bizarre, qu'elle a un tic nerveux ou qu'elle se montre timorée… qu'elle devient le souffre-douleur d'un de ses collègues. La raison en est tout autre. C'est simplement parce qu'elle se trouve dans la ligne de mire d'un enquiquineur.

Autrement dit, cela peut arriver à chacun de nous. Nous analysons à la loupe ce phénomène dans les chapitres qui suivent.

 
 

Les caractéristiques du harcèlement au travail

  • Comportement injuste se manifestant par des actions, des paroles, des actes, des gestes ou des écrits unilatéraux.
  • Commis par un ou plusieurs employés
  • Dirigé contre un individu (rarement plus d'un)
  • De manière fréquente
  • Dans un laps de temps prolongé
  • Résultant en une souffrance psychologique, psychosomatique ou sociale
  • La victime se retrouvant dans une situation de totale impuissance
  • Pouvant nuire à la personnalité, à la dignité ou à l'intégrité morale de la personne, mettre sa carrière en danger ou perturber l'atmosphère de travail.



Comportement typique du harcèlement

Ci-dessous nous vous proposons une typologie du comportement de harcèlement,
sur base des effets produits sur la victime.

Le but recherché est que la victime n'ait plus l'occasion de s'exprimer ou pas de possibilité de communiquer de manière efficace :

  • La direction ne vous accorde plus la possibilité de communiquer
  • vous êtes obligé de vous tenir tranquille
  • vous êtes l'objet de menaces verbales
  • vous subissez des critiques incessantes
  • il est porté atteinte à votre vie privée

Eliminer toute possibilité de contact social pour la victime; l'isoler socialement :

  • vos collègues ne vous adressent plus la parole ou vous interdisent de vous adresser à la direction
  • vous êtes laissé sur le carreau et plus personne ne vient s'asseoir auprès de vous
  • vous êtes complètement nié

Votre réputation personnelle est entamée :

  • des rumeurs circulent
  • vos collègues rient de vous
  • ils se moquent de vos imperfections, de la manière dont vous vous exprimez, de votre appartenance ethnique

Votre position professionnelle est sapée :

  • on ne vous confie plus aucune tâche, plus aucun travail
  • on ne vous attribue plus que des tâches insignifiantes qui ne comportent aucune responsabilité
  • on vous fait faire des choses qui dépassent vos compétences
  • on vous fait croire que vous commettez des fautes professionnelles

Votre santé physique est visée :

  • on vous réserve les tâches dangereuses
  • on vous menace ou on vous agresse physiquement
  • on vous agresse sexuellement



Evolution du harcèlement au travail

Phase 1: Incidents critiques

Dans la plupart des cas, la cause du harcèlement est un conflit. Il faut donc voir le harcèlement comme un conflit qui prend des proportions démesurées. On ne sait pas quelles sont les raisons précises qui font qu'un conflit débouche sur du harcèlement. Voici une hypothèse: la première phase est brève ; les phases suivantes conduisent à une fixation des comportements.

Phase 2: La stigmatisation

Le harcèlement au travail peut prendre différentes formes. Il ressort de différentes analyses que le comportement de harcèlement a une caractéristique générale : celui qui s'y livre veut une bonne fois tirer les oreilles à l'autre, lui asséner une punition.

Phase 3: La gestion du personnel

Quand la direction s'en mêle, le différend prend les proportions d'une affaire. Suite à ce phénomène de fixation immédiate, on a vite fait de mal interpréter une situation et d'en rejeter la faute sur la victime. La direction semble adopter un peu facilement les préjugés de la première phase. Ce qui l'amène souvent à opter pour une attitude dont le seul but est de se débarrasser du mal : dans le cas qui nous occupe, de la victime.

A ce stade, la victime se trouve stigmatisée ou étiquetée. Suite à des erreurs de jugement, collègues et direction vont attribuer les causes du malaise au caractère difficile de la victime, sans voir les facteurs d'environnement humain. Cela se produit à coup sûr quand la direction est responsable du mauvais climat psychologique qui règne au sein de l'entreprise et qu'elle ne veut pas en assumer la responsabilité.

Phase 4: Exclusion

Les effets sociaux de l'exclusion des personnes victimes de harcèlement au travail sont bien connus. Le harcèlement conduit droit à des symptômes de maladie, qui amènent la victime à faire appel à des aides médicales ou psychologiques.

Il faut remarquer, à ce propos, que les professionnels posent fréquemment un faux diagnostic quant au mal dont souffre la victime. Ils n'accordent pas de crédit au récit de la victime ou ne vont pas au fond du problème. Le diagnostic erroné fait alors état de paranoïa, de dépression maniaque ou de troubles du caractère.



Conséquences du harcèlement au travail

Dans 79% des cas, victimes et témoins signalent une augmentation du stress, dans 65% une dépression, dans 59% un manque d'assurance, dans 58% une gêne. Dans 58% des cas sont évoqués des cauchemars et des pensées obsessionnelles, dans 56% une perte de concentration et dans 53% des insomnies.

Curieusement, dans un premier temps, les victimes se retournent contre leur employeur plutôt que contre leur agresseur. Ainsi, 12% des victimes ont changé d'emploi, 12% diminuent sciemment la qualité de leur travail, 22% accomplissent moins d'efforts, 28% perdent leur temps à essayer d'éviter l'agresseur, 52% voient diminuer leurs prestations à force de se tracasser.



Quelle parade contre le harcèlement?

Quand cela vous arrive : reconnaître le comportement caractéristique

Un premier pas important consiste à identifier vous-même les caractéristiques du harcèlement au travail. Osez coller un nom sur le comportement qui vous déstabilise dans le cadre du travail.

Quand vous aurez reconnu le phénomène, il faut que vous ayez la volonté d'y remédier. Si le travail ne vous passionne pas et que vous avez de toute façon l'intention de changer d'emploi, mieux vaut ne pas gaspiller votre énergie à vouloir inverser la situation. Si, par contre, vous avez envie de rester dans l'entreprise, voici quelques trucs qui peuvent vous aider à aborder le problème :

Ne vous laissez pas déstabiliser
Le but recherché est bien de déstabiliser la victime. Peut-être est-ce le moment de vous accorder une pause et de renforcer ainsi votre résistance psychologique. Dans certains cas, il est recommandé d'avoir recours à une aide professionnelle pour rétablir votre équilibre.

Ne vous laissez pas déborder par des comportements de harcèlement
En tant que victime, vous devez faire comme si tout cela vous laissait indifférent. Réagir en vous montrant agressif (de manière verbale ou non verbale) risque de vous attirer plus encore dans les griffes de l'agresseur, car il ira prétendre que c'est lui qui est agressé. .Vous risquez d'être pris dans un cercle vicieux.

Soyez sur vos gardes
La victime de harcèlement doit être attentive à ne pas commettre d'erreurs, qu'elles soient professionnelles ou personnelles. Le collègue agressif n'aura de cesse que de prouver que vous faites mal votre travail, dans le but de vous mettre dehors. Soyez donc sur vos gardes, pour éviter de vous laisser embarquer dans des complications.


Aide morale

Il est très important que vous vous sentiez socialement soutenu, pour être à même de vous défendre contre l'agresseur tant psychologiquement que moralement. Si aucun de vos collègues ne vous soutient ou si l'entreprise ne propose aucune infrastructure d'aide aux victimes de harcèlement, vous pouvez éventuellement recourir :

  • au responsable des ressources humaines
  • au médecin du travail
  • au conseiller à la prévention
  • au délégué ou au secrétariat syndical


Faire respecter la législation

Réglementation sur le harcèlement sexuel au travail :

  • Pour le secteur privé: AR du 18 septembre 1992 (Moniteur belge du 7 octobre 1992)
  • Pour le secteur public: AR du 9 mars 1995 (Moniteur belge du 6 avril 1995)

La loi du 30 octobre 1998 punissant le harcèlement sexuel (art. 442bis du code pénal) stipule : "Tout individu qui a harcelé une personne, sachant que par son comportement il troublait gravement la tranquillité de cette personne, est passible d'une peine de prison de quinze jours à deux ans et d'une amende de cinquante à trois cents francs ou de l'une de ces deux peines."

Arrêté royal du 13 mai 1999 (art. 10) : "Les fonctionnaires d'Etat ont droit à un traitement respectueux et courtois, que ce soit dans le chef de leurs supérieurs hiérarchiques, de leurs collègues ou de leurs subordonnés. Ils se doivent d'éviter toute conduite verbale ou non verbale qui pourrait porter atteinte à leur dignité."

Projet de loi de Philippe Mahoux et Myriam Vanlerberghe


Témoin de harcèlement au travail?

Si vous êtes témoin de comportements de harcèlement, vous pouvez interpeller les agresseurs tout comme vous pouvez soutenir les victimes. Si la majorité du personnel travaillant dans un secteur fait comprendre à l'agresseur que sa conduite n'est pas appréciée, le harcèlement pendra fin de lui-même.

Source: "The content and development of mobbing at work", Leyman H., dans:"Mobbing and victimization at work", ed. Herriot P., European Journal of work and organizational psychology, Taylor & Francis Ltd, 1996


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