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DOSSIER
RELATIONS SUR LE LIEU DE TRAVAIL
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Celui qui souffre dans son travail sollicite, souvent avec insistance, l'écoute de ses collègues. Lesquels répugnent à l'entendre. Par crainte que l'on attende d'eux une solution qu'ils ne sauraient apporter, ils se dérobent. Par peur d'ébranler le fragile rempart contre leur propre souffrance, ils contestent que les plaintes soient fondées. Pourtant, accepter d'écouter permet d'amorcer une réflexion collective sur les situations de travail et leur transformation. Lorsqu'une personne est en souffrance dans son travail, une de ses plaintes les plus fréquentes est de n'être écoutée ni par sa hiérarchie, ni par ses collègues, ni par les représentants du personnel. Ceux qui sont a priori les mieux placés pour entendre de quoi il retourne semblent être sourds à la pénibilité de la situation. Comment cela peut-il se comprendre, et si possible se corriger ? Ecouter quelqu'un, de telle sorte qu'il se sente écouté, est une expérience. Non pas au sens où une expérience particulière serait exigée pour savoir le faire, mais au sens où l'on fait l'expérience d'être affecté par ce que l'on découvre. Aussi ne sommes-nous pas toujours disponibles pour écouter, et parfois l'évitons-nous. Mais il arrive que nous devions le faire. De multiples craintes peuvent alors nous assaillir. Certaines d'entre elles tiennent à l'état de la personne en souffrance : sommes-nous capables d'y faire quelque chose ? D'autres, sans qu'on en soit toujours conscient, tiennent à notre propre état.
Car souffrir ne veut pas dire être malade. En revanche, c'est risquer de tomber malade, si la souffrance n'est pas socialisée, si elle n'a pas de sens commun et qu'elle ne trouve aucun écho. Qui, mieux qu'un collègue ou qu'un représentant du personnel, est en mesure d'entendre qu'on peut souffrir sur un poste de travail ? Que parviendra à savoir un psychologue d'une situation dont il ignore tout, si son patient n'est pas suffisamment assuré pour l'amener à s'y intéresser ? Or, que le propos du patient ait déjà été accueilli par ceux qui partagent sa situation constitue la condition de cette assurance.
" Tu n'as aucune raison de te mettre dans un état pareil ! " Nous croyons tellement savoir de quoi il retourne (et le redouter) que nous nions l'évidence : il y a toujours une raison d'être dans un état donné. Même si nous ne la connaissons pas, même si celui qui craque ne la comprend pas forcément. Il se peut cependant que la différence entre une personne en souffrance et nous-mêmes soit infime : même ambiance de travail, même fatigue, mêmes menaces. Alors que nous nous évertuons à tenir, à prendre sur nous, les paroles de celui qui ne tient plus déstabilisent l'édifice de nos convictions sur nos propres forces, sur notre propre résistance. Ce que l'on craint d'écouter, c'est ce qui nous ressemble. Et de cette ressemblance, nous nous défendons en retournant des conseils étranges : " Il ne faut pas y penser ", " Fais comme si de rien n'était ", " Tu t'en fiches "… Justement non : celui qui nous parle est en train de nous dire qu'il ne s'en fiche pas…
Si écouter n'est donc pas difficile en soi, accepter de le faire n'est pas toujours confortable au premier abord. Mais à terme, il est certainement plus inconfortable et plus dommageable encore de ne pas écouter. Ces deux formes de malaise tiennent aux mêmes raisons : lorsqu'on partage le même lieu de travail, on est concerné par ce qu'on entend. Ce qui est aussi une chance. Car écouter, c'est soutenir autant le besoin de comprendre de celui qui souffre que son besoin d'être compris. Notre curiosité, notre intérêt sont une aide pour découvrir le sens d'un affect, d'une attitude soudaine et hors norme. Cela n'implique pas une adhésion. Un désaccord sur le bien-fondé de cet affect ou de cette attitude peut aider à penser, mais certainement pas l'affirmation qu'ils seraient sans fondement. A la condition d'éviter cette confusion, écouter n'est pas un préalable à l'action, c'est déjà agir. Parce que c'est l'amorce de réflexions collectives. Or, réfléchir à ce que l'on juge digne de réflexion dans le travail, et non pas seulement à ce qu'il est prescrit de penser, est un enjeu collectif de santé.
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DOSSIER "Quand le travail perd la tête" :
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La Chaîne du Silence - Autopsie d'un suicide à l'usine 2002 - 2008 |
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