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DOSSIER
RÉPARATION
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Les maladies mentales engendrées par des conditions de travail pathogènes ne sont pas facilement reconnues par la branche AT-MP de la Sécurité sociale. En Ile-de-France, sur trois dossiers présentés en 2002 au comité régional de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP), un seul a débouché sur une reconnaissance de MP. L'année précédente, trois dossiers avaient également été présentés. Les trois avaient essuyé un refus du comité… A la différence d'autres maladies professionnelles, les pathologies mentales ne sont pas inscrites dans des tableaux de MP. Conséquence : l'imputabilité de la maladie mentale (dépression, névrose…) à l'activité professionnelle n'est pas présumée et la preuve d'une relation causale doit être apportée par une expertise médicale. Aussi les salariés sont-ils orientés vers le CRRMP, instance composée du médecin-inspecteur régional du travail, d'un expert hospitalo-universitaire et du médecin-conseil régional de la Sécurité sociale. Cette procédure complémentaire a été instituée par la loi en janvier 1993, pour permettre aux victimes dont la maladie n'est pas inscrite dans un tableau - ou qui ne répond pas à tous les critères administratifs, tels que la durée d'exposition - de bénéficier malgré cela d'une réparation dans le cadre de la branche AT-MP. " En CRRMP, le dossier est rapporté par le médecin-conseil de la Sécurité sociale, indique la Dre Ellen Cadi, médecin-conseil à l'échelon régional du service médical (ERSM) d'Ile-de-France. La décision est prise par consensus. Il s'agit d'une expertise individuelle. " L'avis motivé du CRRMP s'impose à la caisse primaire d'assurance maladie, qui devra, s'il est favorable, reconnaître l'origine professionnelle de la maladie.
Seconde condition, l'incapacité permanente partielle (IPP) dont souffre le salarié doit être égale ou supérieure à 25 % (1). Si le médecin-conseil l'estime à moins de 25 %, la victime peut saisir le tribunal du contentieux de l'incapacité. " Pour déterminer le niveau d'incapacité, le médecin-conseil doit utiliser le barème AT-MP. Or, en matière de pathologies psychiatriques, celui-ci n'est guère détaillé ", reconnaît la Dre Cadi. Les traumatismes crâniens ou certains syndromes à caractère psychiatrique sont " affublés " d'un taux d'IPP variant de 20 à 100 %. Le barème de la Sécurité sociale pourrait-il être plus précis ? Ellen Cadi a eu l'occasion d'examiner le barème des pensions militaires, qui lui a paru " plus détaillé ", en raison, selon elle, d'une expérience acquise dans le domaine de la connaissance des effets des stress post-traumatiques. Une piste à creuser… Pour que le barème puisse être modifié, il faudrait que le ministre du Travail fasse une demande en ce sens auprès du Haut Comité médical de la Sécurité sociale.
De même, expliquent-elles, les enquêteurs des caisses qui mènent les investigations demandées par le comité " ne sont pas des policiers habilités à interroger les gens " : " Ils recueillent les dires de la personne, interrogent l'employeur et ne font que décrire les conditions de travail. Ils donnent un avis sur l'existence éventuelle de conditions de travail susceptibles de déboucher sur une pathologie. " La caisse demande toujours l'avis du médecin du travail, qui est systématiquement informé de la déclaration du salarié. A en croire ces deux médecins-conseils, les dossiers les mieux élaborés sont ceux qui émanent des consultations hospitalières de pathologie professionnelle spécialisées en souffrance au travail. Témoignant d'une bonne connaissance des procédures de réparation en vigueur, " ces dossiers sont carrés et correctement étayés ", remarquent-elles. Une condamnation de l'employeur par le conseil de prud'hommes fait également un certain effet sur le CRRMP. Afin de statuer, le comité se prononce sur le " lien direct et essentiel " entre la pathologie et le travail et apprécie le fait que les conditions de travail aient été " directement et de manière prépondérante à l'origine des troubles ". Mais, constate la Dre Marie Pascual, conseillère médicale de la Fédération nationale des accidentés du travail et des handicapés (Fnath), " les médecins-conseils et les caisses sont réticents à admettre les atteintes psychiques liées au travail ".
Il y a un an, le CRRMP francilien a reconnu comme maladie professionnelle la névrose d'une aide-soignante d'une clinique de l'Essonne, où certains membres du personnel - qui avaient dénoncé des pratiques d'euthanasie active - avaient subi un harcèlement de la direction et de leurs collègues. " Pour la première fois, le médecin-conseil a donné une IPP supérieure à 66,66 % et le CRRMP a reconnu qu'il existait un lien essentiel entre la névrose et les conditions de travail ", se félicite Marie-Christine Soula. Une première en Ile-de-France, qui sera peut-être, espère-t-elle, suivie de reconnaissances analogues dans d'autres régions.
Conseillère médicale de la Fnath, Marie Pascual confirme que " le tableau sera difficile à construire, car c'est très délicat de s'y retrouver au niveau du lien. Que va-t-on mettre dans la liste des situations d'exposition ? " Pour elle, réfléchir sur le niveau de preuve demandé serait plus judicieux : " La souffrance psychique ou le harcèlement sont des déviances liées à l'organisation du travail. Pour l'écrire dans une colonne de tableau, franchement, je suis à court d'idées. Il faudrait faire plancher un groupe de travail. Mais ce sera chaud… " En attendant, seuls les suicides ou les tentatives de suicide sur les lieux de travail font l'objet d'une réparation au titre des accidents du travail. Quant au bien-fondé de l'argument selon lequel l'amélioration de l'état du patient peut passer par une démarche de reconnaissance en MP, il est contesté par certains. " Il risque d'y avoir plus encore de réticence de la part des patients, car il s'agit d'une démarche qui n'est pas anodine. Engager une personne qui moralement va mal et qui est recroquevillée sur elle-même n'entraîne pas forcément un mieux-être ", estime le Pr Jean-Claude Pairon, responsable de l'unité de pathologie professionnelle au CHI de Créteil (Val-de-Marne). (1) Jusqu'à la publication d'un décret le 23 avril 2002, la valeur du pourcentage d'incapacité permanente pris en compte était de 66,66 %.
Par Corinne DUHAMEL, journaliste |
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DOSSIER "Quand le travail perd la tête" :
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La Chaîne du Silence - Autopsie d'un suicide à l'usine 2002 - 2008 |
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