Le magazine Actuel un sacré pari sur l'info
Quatre magazines en un. Le 28 janvier 2004, « Actuel » fusionnera les apports et les équipes de « L’Hebdo », « Au Nom de la loi », « Pulsations » et « Faits divers ».
Nous prenons un très grand risque parce que toutes les émissions que nous fusionnons en un seul magazine hebdomadaire rassemblaient sous leurs noms spécifiques de grosses audiences. « Au nom de la loi », « Faits Divers », « L’Hebdo » et « Pulsations » (dans une moindre mesure) sont des icônes de la RTBF. Le risque est énorme mais on le minimise car c’est le même jour, le mercredi dans le créneau historique de l’info RTBF, ce sont les mêmes personnes qui feront les reportages, ce seront approximativement les mêmes thèmes, on a Fabienne Vande Meersche à la présentation, cela apporte un plus en nombre d’heures produites mais aussi en élargissement du champ d’investigation journalistique total.
Pas de doute, Patrick De Lamalle, lucide mais rassurant et enthousiaste y croit. Comment pourrait-il en être autrement puisque concepteur de « Actuel » il en est devenu le responsable désigné ? Intarissable sur le sujet, il décrit le nouveau magazine hebdomadaire qui prendra l’antenne le mercredi 28 janvier à 20 h 20.
« Actuel » durera 90 minutes. 75 de reportages, 15 de plateau. Il y aura trois catégories de reportages qui trouveront leur durée et leur forme au moment de leur fabrication. Le magazine, enregistré le jour même le plus souvent en faux direct, s’ouvrira toujours sur un sujet de 8-12 minutes collant à l’actualité immédiate. Le deuxième reportage perpétuera ce qui se faisait auparavant côté « Hebdo », « Au nom de la loi », « Faits Divers » dans un format de 35-40 minutes. La troisième et dernière partie consistera en un « portrait au sens large ». D’un individu, d’une situation, d’un groupe, etc. Cela ferait 26 minutes. Jean-Claude Defossé travaillera exclusivement sur cette partie-là avec chaque mois une séquence « droit de suite » sur un dossier. On se ménage aussi la possibilité d’avoir un invité qui viendrait après le grand reportage. Voilà pour la structure théorique. Dans la pratique, le projet subira et a déjà subi quelques aménagements suite à des testings assez critiques sur les premiers pilotes réalisés fin 2003.
L’autre aspect pratique majeur, présent dans tous les esprits est bien sûr la fusion des quatre magazines en un avec des équipes actuellement encore implantées à Charleroi, Liège et Bruxelles. Les équipes resteront géographiquement séparées le temps de la réalisation des investissements techniques et immobiliers prévus par le plan Magellan, indique le coordinateur de « Actuel ». A terme, la trentaine de personnes que comptera l’équipe sera basée à Bruxelles. L’autre rapprochement à réaliser, plus délicat encore que l’abolition des distances, reste celui des mentalités et des approches journalistiques pour trouver une réelle cohérence sans altérer les spécificités de chacun. Patrick De Lamalle en convient, l’alchimie ne sera pas aisée mais il a bon espoir. Nous ne commençons pas en imposant un Dogme à la Lars Von Trier. Chacun gardera son ton, son approche. Le pari est de conserver les styles et les personnalités de chacun dans un tout cohérent. Cette cohérence passera aussi évidemment par certaines adaptations nécessaires. On songe immédiatement aux différences d’approches des équipes de « Faits Divers » et de « Au nom de la loi » sur le dossier Dutroux. Sur l’affaire Dutroux, estime De Lamalle, on a opposé deux visions et le fossé s’est creusé entre les deux magazines, sans que personne n’intervienne. Ils devront se parler. Il faut trouver une juste distance, une manière de traiter journalistiquement n’importe quel sujet. Cela n’empêchera pas les uns de rester proches des parties civiles et les autres davantage des enquêteurs.
Patrick De Lamalle veut aussi tordre le cou à deux préjugés largement répandus sur « Actuel ». D’abord celui qui en ferait un « Envoyé spécial à la belge » : c’est injuste. Ceux qui disent cela ne savent pas ce qu’on fait. Notre contenu et notre manière de travailler seront spécifiques. Pour l’anecdote avant que la France ne découvre les vertus d’« Envoyé spécial », la RTBF faisait depuis longtemps la même chose avec « A suivre » ou « Plein Cadre ». Avec « Actuel », on revient à nos sources.
Autre canard qu’il veut étriper : l’idée que fusionner les magazines à succès existants entraîne une déperdition de l’offre d’info de la RTBF. Totalement faux, relève le responsable. Nous allons en faire plus avec les mêmes effectifs. Auparavant, de manière éclatée, ces équipes produisaient au total 45 heures d’émissions par an. Avec « Actuel », on en produira 60 par an. Soit 30 à 35 % de production propre supplémentaire par semaine. Et chaque émission coûtera en moyenne 13.000 euros.
Concernant les premiers sujets, Patrick De Lamalle ne veut pas s’étendre, concurrence oblige. On apprendra tout au plus qu’un sujet sur les enfants sorciers de Kinshasa, ou un autre sur la vie d’un gardien de prison ont des chances d’être vite diffusés. En matière de ligne rédactionnelle, l’intéressé n’exclut a priori aucun sujet. Ni la culture ni les tendances. On fera du lourd, du sérieux mais aussi du plus léger, à condition que ce soit le reflet de quelque chose d’important dans la société. Le people à tous crins, « Place Royale » ou « A la Flamande », on laisse ça à d’autres.
Par Fernand LETIST
Pour le journal Le Soir
Le 07 janvier 2004
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