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La Case de l'Oncle Tom 02/09/1998 |
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L'Aigle et la Coccinelle |
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La rondeur des formes de la petite "Coccinelle", héroïne à l'occasion d'aventures amusante chez l'Oncle Disney, ne correspond guère aux événements qui ont présidé son adolescence. L'essort des usines Volkswagen s'inscrit en effet dans le développement de l'industrie nazie, une industrie prête à tous les excès pour défendre simultanément le "grand capitalisme allemand" et le IIIe Reich. La première Volkswagen, le "Käfer" - scarabée en allemand, rebaptisée Coccinelle, fut d'ailleurs présentée par Hitler lui-même.
L'ingénieur Ferdinand Porsche (1875-1951) est à l'origine de cette création. Disciple de Frederick Taylor et de ses principes d'organisation scientifique du travail, et très naturellement fasciné par les applications concrètes de cette philosophie par l'Américain Henry Ford, Porsche transpose en Allemagne une vision radicale de la production industrielle. La soumission totale de l'ouvrier, contrôlé par un vaste système d'espionnage d'un bout à l'autre de la chaîne, fait partie de ses premiers plans.
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Porsche rallie de lui-même le Parti nazi en 1937. L'usine Volkswagen est achevée peu après grâce à des avantages fiscaux, à l'acquisitions d'importants crédits et, surtout, à l'afflux d'ouvriers étrangers. En plus des "Käfer/Coccinelles" - voitures destinées à combler les aspirations
populaires des épargnants de l'organisation "La Force par la Joie" -, les usines
de Porsche se mettent alors à produire blindés et avions de toutes sortes.
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Les directives de Ferdinand Porsche ne laissent aucun doute sur ses intentions. Il s'agit d'exploiter au maximum les travailleurs étrangers avec un minimum de dépenses. Pour ce faire, différents moyens sont privilégiés : augmentation du temps de travail, accélération des rythmes, usage de la terreur, et ainsi de suite. Chez Volkswagen, la main-d'œuvre - bien loin du slogan multidiffusé "Freude durch Arbeit", soumise au travail forcé, à une violence constante, à la malnutrition, meurt jeune. L'invasion de Russie en 1941 est l'une des occasions pour Volkswagen de régénérer sa main-d'œuvre. Sans le travail des prisonniers, qui se comptent en millions, et notamment celui des femmes soumises à un esclavage inquisiteur, l'industrie allemande, isolée, ne peut que s'effondrer. La dégradation du travail correspond directement à la criminalisation de l'économie. Tous les grands dirigeants du régime, bien sûr, participent à ce mouvement. Le SS Heinrich Himmler, en 1943, explique cette position : "Que des nations vivent dans la prospérité ou meurent de faim comme du bétail ne m'intéresse que dans la mesure où nous en avons besoin pour notre culture." A la fin de la Guerre, profitant de l'occupation alliée et du plan Marshall, Volkswagen efface son passé d'un coup de gomme historique. Ferdinand Porsche, toujours présent, proclame sa foi en la démocratie et l'économie libérale. Alors peut continuer, sans le regard de l'Aigle, la fabrication de petites coccinelles…
Par Thomas SANDOZ |
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La Case de l'Oncle Tom est une chronique hebdomadaire qui propose une brève réflexion nourrie par un événement de la vie quotidienne, un lieu commun ou une information insolite d'ordre scientifique...
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La Chaîne du Silence - Autopsie d'un suicide à l'usine 2002 - 2008 |
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