Le Parti du Travail de Belgique
25/11/1999

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Remarquable reportage TV
sur le suicide d'un ouvrier de VW

Briser la chaîne du silence

Les travailleurs avaient la parole, le 24 novembre à la RTBF. L'émission Faits Divers était consacrée à Francis Verstaen, ouvrier qui s'est suicidé en mai 99 dans l'usine automobile Volkswagen à Forest. Ce reportage remarquable sur la vie d'un travailleur face à ses conditions de travail, a ému tous ceux qui l'ont vu.

Personne ne reste indifférent à l'histoire de Francis Verstaen. Il y a six ans, il se fait coincer par un container de 250 kg. Son dos ne s'en remettra jamais et il devra user de toute sa volonté pour pouvoir suivre le rythme de la chaîne de production. Un combat qu'il consigne quotidiennement sur papier. «Le matin de son suicide, il a remis de l'ordre dans toutes ses notes. Son suicide, c'était sa dernière possibilité d'accuser les responsables», commente Albert. Une accusation contre les systèmes de production introduits ces dernières années dans les usines automobiles. Une accusation contre une culture d'entreprise qui veut briser la solidarité entre les travailleurs.

Les responsables, le psychologue Christophe Dejours les a très bien dénoncés lors de l'émission: «Un suicide sur le lieu de travail indique clairement que l'entreprise en est la cause principale». Ces exp1ications ont fait réfléchir p1us d'un dans 1e pays. Un syndica1iste de Liège: «C'était impressionnant! C'est vrai, il y a dix ans, un suicide pareil aurait été impensable. Deux heures après le suicide, la chaîne recommençait à tourner. La direction a déplacé le bureau des chefs pour qu'ils ne soient pas trop perturbés. Le psycho1ogue a raison de dire qu'il n'y avait personne avec un fusil dans les dos de ceux de VW pour leur faire reprendre le travail. Ce n'est pas nécessaire car aujourd'hui, dans les usines, c'est la terreur permanente de perdre ton emploi et de voir plonger ta famil1e dans la misère.» Anne continue: «Ce type crevait de mal de dos. Il a dû se torturer pour avoir le droit de travailler. Quand il essayait d'améliorer son sort en plaçant deux ou trois caisses, la maîtrise venait les retirer.»

A l'usine même, le lendemain de l'émission, beaucoup d'ouvriers comprennent mieux le geste de Francis: «Nous n'avions pas vu les choses comme cela, explique Pierre, la direction a tout fait pour nous expliquer qu'i1 s'agissait d'une affaire personnel1e. Au moment même, à part un artic1e dans la Dernière Heure et un tract distribué par le PTB, les ouvriers de VW n'ont rien entendu à l'usine du suicide. Maintenant avec l'émission, des ouvriers de VW ont eu le courage de parler et aujourd'hui, chacun en parle.»


Les complices du silence

La direction a imposé ce silence. El1e voulait que rien ne sorte de l'usine et a refusé d'indemniser la famille. Celle-ci est sans nouvelle depuis. La direction n'a pas rencontré de résistance de la direction syndicale du secteur, comme les présidents de la CMB-FGTB Jorissen et de la CCMB- CSC Janssen. Au contraire, depuis des années, ils affirment que l'introduction du toyotisme, du management participatif est inévitable dans les usines automobiles. Or ce système mène à des suicides et des accidents de travail, comme à VW, à Ford-Genk et ailleurs. Que1ques mois avant le suicide de Francis, les travail1eurs de VW avaient débrayé pendant trois jours: le médecin en chef de l'usine avait refusé de soigner Christelle, une travailleuse qui allait ensuite sombrer dans le coma à cause d'une hémorragie cérébrale. «Nous avons obtenu que1ques mois p1us tard la démission de Goret, 1e médecin responsab1e, explique Pierre. Or, c'est ce même Goret qui avait renvoyé Francis à la chaîne en lui disant qu'il n'y avait pas de problème pour son dos.» Après cette grève, la direction a dressé une liste de 130 ouvriers qu'el1e vou1ait 1iquider. Le patron de VW a convoqué son ami Jorissen pour signer un accord interdisant toutes actions sauvages. Il a accepté que 130 ouvriers dont la plupart des militants syndicaux combatifs soient menacés de 1icenciement. De te1s actes qui brisent l'esprit de résistance dans le syndicat. Jean, un collègue de Pierre, ajoute: «L'émission a fait du bien. Plusieurs ouvriers ont interpellés des dé1égués. Depuis novembre, le patron nous a retiré 5 minutes de pauses. Certains jours de congé ont été supprimés. La pression n'arrête pas d'augmenter. Comme dit le psychologue dans l'émission, si Francis a pu se suicider, n'importe qui peut le faire. Le patron veut introduire le travail de groupe dans l'usine. Dans ce système, chacun doit faire pression sur les autres pour arriver aux chiffres et à la qualité de production. Il faut empêcher de nouveaux suicides. Les travailleurs en ont marre. Il faudra se battre comme lors de la grève de 94 pour arrêter ce plan de restructuration.»


Par Sabien DE MONT & Olivier COUSSAERT
Pour le Parti du Travail de Belgique (PTB)
Novembre 1999


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